Neandertal, soi-même comme un autre

Le 28 mars, s’ouvre au Musée de l’Homme à Paris une exposition sur l’homme de Néandertal qui durera neuf mois. J’ai rencontré, lors de son passage à Bruxelles, Marylène Patou-Mathis, co-commissaire de l’exposition et auteure du livre « Neandertal de A à Z ». Portée par sa passion communicative, elle nous révèle qui étaient ces Hominidés, contemporains des Sapiens mais longtemps considérés à tort par l’Histoire comme des êtres primitifs. Au fil des révélations, se dessine cette question : en quoi l’humanité de Neandertal permet-elle de repenser les notions d’altérité et de différence? Résumé et interview à la découverte de cet intime étranger.

©Nicolas Krief

Marylène Patou-Mathis est préhistorienne et archéozoologue, directrice de recherche au CNRS et rattachée au Département «Homme et environnement » du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris. Elle est la co-commissaire scientifique (avec Pascal Depaepe, directeur de l’Institut national de recherches archéologiques préventives) de l’exposition qui s’ouvrira le 28 mars 2018 au Musée de l’Homme pour une durée de neuf mois, Néandertal l’expo, qui nous propose de comprendre qui étaient ces Hominidés, contemporains mais différents des premiers Hommes modernes, considérés à tort pendant longtemps comme inférieurs.

Homme fossile découvert en 1856 dans une grotte de la vallée de Neander en Allemagne, les hypothèses émises au sujet d’Homo neanderthalensis par la communauté scientifique ont reflété les préjugés de l’époque, imprégnée par deux paradigmes complètement erronés : la classification des races humaines et la vision progressiste et linéaire de l’humanité. Cette pensée biologisante favorisa pendant plus d’un siècle le rejet de Neandertal au bas de l’échelle de l’évolution humaine, et façonna dans l’imaginaire collectif la figure de la brute attardée.

Inhumation d’un Néandertalien ©Gilles Tosello

Or les progrès de l’archéologie préhistorique et de la paléoanthropologie – qui avèrent la théorie d’un buissonnement de l’évolution contre un développement linéaire des espèces – révèlent depuis plusieurs dizaines d’années une réalité toute autre : Neandertal était une espèce humaine aux comportements complexes, douée de culture matérielle (transformant des objets en pierre en outils et armes) et de culture symbolique (érigeant des sépultures). Il a vécu plus de 300 000 ans (de -350 000 à -35 000) dans des régions aux milieux différents et aux climats changeants (en Eurasie et au Proche-Orient actuels), développant des capacités d’adaptation et un savoir-faire considérables sur une longévité qui d’elle-même atteste ses facultés cognitives.

Les nombreuses découvertes scientifiques mettant à jour l’intelligence propre aux Néandertaliens sont rejointes depuis dix ans par les résultats des recherches génétiques. Celles-ci montrent que l’ADN des Eurasiatiques actuels contient entre 1 et 4% de gènes néandertaliens. Ces traces remontent à -70 000 lorsque Sapiens et Neandertal se croisèrent lors de la deuxième sortie d’Afrique de Sapiens (Neandertal lui-même étant issu de l’évolution en Eurasie d’une sortie plus ancienne d’Afrique). Ces données récentes relancent l’acuité de l’intérêt scientifique pour ce lointain parent.

Depuis le début de sa carrière, Marylène Patou-Mathis consacre son travail à cet hominidé à qui elle voue une curiosité sans failles. Auteure de Neandertal, une autre humanité (2006), elle vient de publier aux Editions Allary un nouveau livre synthétisant les résultats de son enquête de terrain, Neandertal de A à Z, une somme anthropologique essentielle pour appréhender cet Autre si proche de nous. Précisément, ce qui rend particulière et passionnante la démarche de Marylène Patou-Mathis est qu’elle se trouve d’emblée tendue par une dialectique de l’altérité, qui l’accompagne depuis ses débuts. Partie à la rencontre des Touaregs à 18 ans, vivant chez les Bushmen dans le désert du Kalahari, choisissant comme sujet de thèse Homo neanderthalensis, la préhistorienne a toujours été attirée par l’exploration des différences entre les êtres humains.

Rencontre d’un Néandertalien et d’un Sapiens ©Benoît Clarys

Fort des secrets qu’il livre, Neandertal représente éminemment cet intime étranger qui permet de penser l’altérité. Dans quelle mesure pouvons-nous définir la différence d’autrui ? Au sens d’un travail archéologique, quelles données (la taille du crâne, les outils fabriqués, les rites funéraires, le gène du langage) permettent de tracer la frontière entre nous et celui qui n’est pas nous ? Plus précisément, quels éléments permettent d’expliquer que Neandertal et Sapiens, s’appréhendant avec leurs caractères physiques différents, se soient unis il y a 70 000 ans ? Et comment comprendre qu’ils aient donné naissance à une descendance (dont témoignent les gènes Eurasiatiques) ? Pourquoi Neandertal et Sapiens ne se sont t-il pas comportés l’un avec l’autre comme deux êtres humains d’une espèce différente (l’appartenance d’Homo neanderthalensis à une espèce propre ou à une sous-espèce est actuellement le sujet d’un vif débat chez les paléoanthropologues) ? Toutes ces questions secouent le buisson de l’évolution, et l’anthropologie bouscule la définition de l’humanité pour la ramener au plus près d’elle-même.

© Sculpture Elisabeth Daynès/Photo S. Entressagle

Nous regardons l’homme de Neandertal via la lorgnette déformante de l’Histoire, c’est ainsi que fonctionne notre compréhension, tributaire des idéologies de l’époque et de la société qui ont forgé ce regard. L’Autre, je le vois depuis ici et maintenant, comme un sujet historique. Si nous ne pouvons nous soustraire entièrement à cette vision, nous avons le pouvoir de la réinterroger : dans ce cas-ci, n’est-ce pas nous qui avons trop séparé deux espèces, Neandertal et Sapiens, plus qu’elles ne l’étaient in situ? Comment comprendre que la vision que nous avons de l’autre en tant que différent de nous paraisse absolue alors qu’elle n’est qu’une réalité partielle du phénomène de sa perception ?

Marylène Patou-Mathis place cette réflexion sur l’altérité au cœur de l’actualité : à partir de quand allons-nous commencer à rejeter autrui, et à décréter que nos différences sont tellement fortes qu’elles interdisent de pouvoir nous mélanger à lui ? Quels sont les critères qui séparent le semblable, et déterminent l’exclusion de ce qui est autre ? Que signifie, en tant que valeur, la différence ?

Ainsi l’acceptation de l’Autre est-elle une expérience vertigineuse qui traverse les âges. Pour la préhistorienne, le fait que les humains soient tous différents recèle une richesse immense, un matériau – existant sur le terrain – qui excède ses promesses. Cherchant autrui, c’est inexorablement nous-même que nous rencontrons en chemin.

 

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©Olivier Marty – Allary éditions

L’humanité de Neandertal, notre intime étranger

 Olivia Dallemagne : Pouvez-vous nous expliquer votre domaine de recherche?

Marylène Patou-Mathis : L’archéozoologie est une spécialité au sein de la Préhistoire. Nous travaillons au niveau du terrain, nous extrayons des vestiges lors de fouilles archéologiques et les interprétons. Ma spécialité, c’est d’identifier les ossements d’animaux, déterminer s’il s’agit de renne ou de bison. Etudier ce matériel revient à faire un travail d’enquêteur, il faut voir si les ossements comportent des marques d’outils, trouver quel animal a été chassé, comment il a été chassé, ce qui a été consommé et pas consommé, ce qui a été utilisé ou non… Avec le temps, je me suis de plus de plus intéressée aux comportements des chasseurs. J’ai élargi mon enquête, même si je fais encore du travail de terrain car je pense qu’il est fondamental d’y rester (je reviens de Moldavie et pars bientôt en Géorgie). J’essaie de retrouver et de comprendre les pratiques de subsistances des humains, leurs relations avec l’animal de même que leurs comportements symboliques. Sur Neandertal, nous avons fait énormément de découvertes ces dernières années !

Olivia Dallemagne : Quand Neandertal est-il devenu votre sujet de prédilection?

Marylène Patou-Mathis : J’ai un long parcours avec Neandertal, il était déjà le sujet de ma thèse. A l’époque, beaucoup de recherches archéologiques étaient conduites en Europe occidentale. Moi, petit à petit, je suis sortie de cette zone et me suis intéressée à ce qui se faisait ailleurs. Comme Neandertal, j’ai migré vers l’Europe de l’Est. J’ai beaucoup travaillé en Europe centrale, en Hongrie, en Croatie, en Pologne, et orientale, en Ukraine, en Crimée, jusqu’en Ouzbékistan. Dans ces régions, nous avons découvert beaucoup de matériel – jusque-là mal connu – qui nous a apporté énormément d’enseignements sur l’évolution des différents types d’Homo.

Olivia Dallemagne : A l’époque, il y avait un consensus scientifique sur ce qu’était Neandertal, qui est très éloigné de nos connaissances actuelles.

Marylène Patou-Mathis : Oui, complètement. Lorsque j’ai écrit en 2006 le livre Neandertal une autre humanité, c’était iconoclaste. Neandertal, une humanité? La compréhension d’Homo neanderthalensis avait évolué depuis le XIXème siècle mais pas entièrement. Remettons-nous dans le contexte historique.

L’homme de la vallée de Neander fut découvert en 1856, soit trois ans avant la publication du livre de Charles Darwin De l’origine des espèces en 1859. Pourquoi cette date est-elle importante? Elle nous rappelle qu’au moment de la découverte de Neandertal, la théorie de l’évolution n’est pas encore parue: le monde est un monde créationniste. Nous sommes tous descendants des fils de Noé, eux-mêmes descendants d’Adam et Eve ; notre Histoire, c’est le déluge, et avant cela nous avons été créé ex nihilo. Difficile dans ce contexte d’imaginer que nous avons pu avoir des ancêtres. Aussi lorsque Neandertal, cet hominidé différent de nous, est découvert, a-t-on vite fait d’en faire un crétin, un pathologique. Dès le départ, c’est mal parti pour lui.

Olivia Dallemagne : Pourquoi les préjugés à l’égard de Neandertal ont-ils perduré plus de 150 ans ?

Marylène Patou-Mathis : Tout le XIXème siècle est porteur d’idéologies qui s’illustrent dans deux paradigmes trompeurs. Le premier est la classification des races humaines. Plaçant le curseur en fonction du degré de proximité avec les singes, on mesure les êtres humains puis on les classe des races inférieures aux supérieures. Juste au-dessus des singes, vous trouvez les « Sauvages» (Bushmen, Aborigènes), puis les hommes noirs et, au sommet de la hiérarchie, l’homme blanc occidental (la femme blanche un peu en-dessous). En classant ainsi les hommes en inférieurs/supérieurs, on induit que certains sont civilisés et d’autres pas civilisés, or (bien sûr) il est du devoir du civilisé d’aller transmettre son savoir – une justification extrêmement pratique en pleine période de densification de la colonisation. Les fossiles connaissent le même type de hiérarchisation; dans cette vision, les hommes préhistoriques -et Neandertal en particulier- sont considérés comme des hommes-singes, des brutaux.

Le deuxième paradigme de l’époque, dû notamment à l’intensité de la phase d’industrialisation, est la vision progressiste et linéaire de l’humanité. Autrement dit, seul l’avenir a de l’intérêt, tout ce qu’il y avait avant est nul, insignifiant. C’est une idéologie tellement prégnante que l’on ne peut pas imaginer qu’une civilisation ait existé dans la préhistoire. Ce préjugé atteint même les premiers Hommes modernes lors de la découverte de certains fossiles : ce n’est pas possible qu’ils puissent enterrer leur mort, pas possible qu’ils puissent faire de l’art, il n’y a que nous, que nous ! Cette idéologie va terriblement peser.

Neandertal emplumado © sculpture de Fabio Fogliazza.

Olivia Dallemagne : Pourquoi votre parcours vous a-t-il amenée à la déconstruction de ces idéologies ?  

Marylène Patou-Mathis : Je suis un animal grégaire, j’aime la société, j’aime les gens. Depuis toujours, je suis très curieuse et je suis attirée par l’autre, surtout l’autre différent. J’ai vécu chez les Bushmen dans le Kalahari (Botswana) dont j’ai beaucoup aimé la civilisation. La différence m’intéresse parce que, pour moi, elle n’est porteuse de rien. Ni de valeurs supérieures, ni de valeurs inférieures. L’autre est différent, point. Contrairement à l’idée qu’il ne faudrait plus hiérarchiser ou ne plus identifier la différence, je ne veux au contraire pas la nier. Ce serait faux, elle se voit, je ne suis ni noire, ni homme. Nous sommes tous différents et c’est tant mieux. C’est cette richesse de l’altérité que j’ai cherchée dans mon travail.

Olivia Dallemagne : Lorsque vous avez commencé vos recherches, Neandertal était plus mystérieux. 

Marylène Patou-Mathis : Toutes les découvertes que nous avons faites à son sujet sont parties du terrain. J’insiste là-dessus, les préhistoriens ne sont pas des romanciers qui affabulent des théories. Nous sortons du matériel sur place et l’étudions en laboratoire. Nous ne savons pas ce que nous allons trouver a priori, même si des prédécesseurs nous ont parfois laissé des indices. Nous connaissons les sites intéressants, mais par ailleurs continuons à faire des découvertes incroyables : regardez la Grotte de Bruniquel dans le Tarn-et-Garonne (en l’état actuel des recherches, cette Grotte constitue la plus ancienne construction humaine au monde, ndlr). D’un seul coup, nous trouvons quelque chose d’impensable ! Personnellement, je ne fut pas surprise par les capacités de Neandertal, mais cette découverte amène une preuve archéologique de l’existence d’une pensée symbolique, de quelque chose qui n’est pas du domaine du matériel, du fonctionnel. Tels des enquêteurs nous cherchons des indices, et c’est ça qui est passionnant. En partant d’un os, en l’étudiant, en le manipulant, en me figurant comment il a été utilisé, je retrouve les gestes de Neandertal, je retrouve ses comportements.

Olivia Dallemagne : Pour donner un exemple, parmi ses comportements, il y a l’alimentation de Neandertal : les dernières découvertes montrent qu’elle était plus variée que ce qu’on imaginait.

Marylène Patou-Mathis : En effet, j’ai moi-même cru que l’alimentation de Neandertal était exclusivement carnée car c’était un très grand chasseur (de bisons, de chevaux, de rennes), un charognard (qui mangeait des mammouths) et un pêcheur (qui se nourrissait de poissons et mollusques). Or, les nouvelles méthodes d’investigation ont mis en évidence que les Néandertaliens consommaient des plantes. A Spy, en Belgique, ils ont mangé des rhizomes de nénuphar. A Payre, en Ardèche, ils ont fait cuire des graminées sauvages. Loin de l’image du Neandertal à moitié poilu avec un gros morceau de barbaque saignante dans la bouche, nous lui mettons maintenant une galette de céréales en main (les graminées sauvages sont nos futures céréales). Avouez que ça ne fait pas le même effet ! C’est la manipulation des images, si je veux vous faire passer pour quelqu’un d’inférieur, de brutal, c’est très simple.

©P. Galibert – Inrap

Olivia Dallemagne : Neandertal, c’est 350 000 ans d’Histoire. Ses comportements ont évidemment évolués.

Marylène Patou-Mathis : En effet, c’est 350 000 ans, et c’est toute l’Europe et le Proche-Orient actuels. Si vous travaillez sur un site très ancien, vous ne découvrirez pas le même comportement que celui que vous trouvez sur les derniers sites. C’est pourquoi il nous faut être prudent, en spécifiant : à tel endroit il se passe ceci, à tel endroit cela. Nous observons que les pratiques de Neandertal sont très diversifiées, dans les industries, les utilisations des outils, et que les traditions sont régionales et afférentes à une époque. Il s’agit de ne pas tout globaliser/essentialiser. Biologiquement, nous identifions quatre grands groupes de Néandertaliens: Occidentaux, Méridionaux, Orientaux et Proche-Orientaux. Ils ne sont pas tout à fait pareils, il y a un gradient. Les Proches-Orientaux sont beaucoup moins Néandertaliens, c’est sans doute d’ailleurs pour ça qu’ils se sont croisés avec des Sapiens.

Olivia Dallemagne : Que signifie « moins Néandertaliens » ?

Marylène Patou-Mathis : C’est-à-dire que tous les critères morphologique typiques des Néandertaliens sont atténués chez les Proche-Orientaux. Lorsque des humains vivent sur des zones de passage, il y a plus de brassage et les caractères distinctifs s’en trouvent dilués. L’Europe Occidentale (la France, la Belgique) est un peu dans un cul-de-sac et connait très peu de mélanges, les caractères néandertaliens y sont très marqués en raison de cette sorte d’isolat (il est intéressant de noter qu’à l’époque contemporaine, les Bushmen d’Afrique australe, les aborigènes d’Australie ou les Papous d’Océanie, étaient des populations qui n’avaient quasiment pas changé pendant des milliers d’années car elles n’avaient croisé d’autres peuples).

Olivia Dallemagne : Que nous apprend l’existence de ces croisements entre des Néandertaliens et des Hommes modernes mis en évidence par les analyses génétiques ?

Marylène Patou-Mathis : Il existe aujourd’hui une discussion sur le fait de se demander si Neandertal appartient à la même espèce que nous. Il y a deux écoles : ceux qui soutiennent que Neandertal est une espèce à part entière et l’autre qui étudie la possibilité de parler de sous-espèce de l’espèce Homo sapiens, conception dont je suis proche. Si vous voyez qu’il y a énormément de métissage entre individus, est-il encore pertinent de parler d’espèce différente? Deux espèces différentes, c’est lorsque deux individus qui se reproduisent donnent un hybride stérile. Or le fait qu’il y ait encore chez les Eurasiatiques aujourd’hui entre 1 et 4 % de gènes néandertaliens, atteste que les croisements se sont passés de manière populationnelle et qu’ils ont donné une descendance fertile. Je trouve ce sujet très important car il rejoint ma vision de l’Autre dont nous avons parlé : Qu’est-ce qui est différent? Quand pouvons-nous dire que c’est vraiment différent?

Mettez-vous au Proche-Orient il y a 70 000 ans. Sapiens et Néandertalien se croisent, puis ils se mélangent. Sans doute ne se voient-ils pas aussi différents que la manière dont nous, au XIXème et XXème siècle, nous les trouvons différents ? Les dissemblances physiques que nous avons mises en exergues n’ont pas du tout gêné Sapiens et Neandertal. In situ, ils n’ont pas vu de différences monstrueuses qui leur auraient fait dire : on ne va pas se mélanger!

Olivia Dallemagne : Ainsi, la plus grande révolution paradigmatique pour vous aujourd’hui en tant que préhistorienne, est que nous devons remettre en cause la manière dont nous appréhendons la différence entre Neandertal et Sapiens?

Marylène Patou-Mathis : Exactement. Scientifiquement, il y a ce grand débat sur la question de savoir si Neandertal et Sapiens sont la même espèce ou pas. Mais de manière plus générique et fondamentale par rapport à nos débats actuels, ce sont la notion de l’Autre et l’acceptation de la différence qui se trouvent mises en question. A partir de quand allons-nous commencer à rejeter ? A partir de quand allons-nous estimer que des différences sont tellement considérables qu’on ne va pas pouvoir se mélanger avec autrui ? Concernant Neandertal et Sapiens, il semble que c’est notre regard sur eux qui n’était pas bon, c’est nous qui les avons trop séparés. N’est-ce pas troublant ?

 

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Du 28.03.2018 au 07.01.2019. Tous les jours de 10 h à 18 h, sauf le mardi.

Musée de l’Homme, 17 place du Trocadéro, 75016 Paris. Téléphone : 00 33 (0)1 44 05 72 72

Plein tarif : 12 € – Tarif réduit : 9 € – Billet couplé – collections permanentes de la Galerie de l’Homme et exposition temporaire

 

 

 

 

 

Neandertal de A à Z

L’Homme de Neandertal n’a pas totalement disparu ! Il est toujours présent dans notre ADN… Mais qui était-il vraiment ? Quelle était sa vie quotidienne ? Comment se soignait-il ? À quoi ressemblait son habitat ? Pratiquait-il le cannibalisme ? Comment enterrait-il ses morts ? Était-il un artiste ? Pourquoi a-t-il disparu ? Quels ont été ses rapports avec Homo sapiens ?

D’Abcès dentaire à Zafarraya en passant par Cure-dents ou Lion des cavernes, ce dictionnaire très complet fait le point sur les dernières découvertes scientifiques. Finie l’époque où Neandertal était considéré comme un homme-singe forcément inférieur à nous.

Neandertal de A à Z (d’ailleurs, pourquoi écrit-on Neandertal sans « h »?) est l’ouvrage de référence qui rend à cet hominidé la place qui est la sienne dans l’histoire humaine.

 

Olivia Dallemagne

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