REFUGE, le court-métrage d’horreur qui dépasse la fiction

Auteure et réalisatrice française, Paméla de Massias empoigne un sujet de société brûlant et le sert à la sauce horrifique. Découvrez ci-dessous son court-métrage (attention, âmes sensibles et enfants s’abstenir), puis l’univers de cette réalisatrice qui n’a pas froid aux yeux.

L’interview

Si les violences faites aux femmes semblent être un sujet d’actualité dans les médias, la violence conjugale et son insidieuse omerta gangrènent tous les jours les statistiques. C’est ce « fléau invisible » que la réalisatrice choisit de traiter avec brio pour son premier film.

Pour l’instant : Comment est né Refuge ?

Paméla de Massias de Bonne : Refuge est mon premier court-métrage en tant que réalisatrice. Il a été produit par le réalisateur et producteur Carlos Lascano, avec lequel j’ai collaboré sur son film El Marionetista. Refuge est l’histoire de Chloé qui, prise au piège par une bête noire et féroce, se réfugie dans le grenier de sa maison. Il s’agit d’un conte noir et effrayant dans lequel je voulais aborder sous un angle différent un sujet social aussi polémique que la violence conjugale et ses effets dévastateurs sur les victimes.

À la manière d’un cauchemar éveillé, le film oscille entre le monde fantastique en noir et blanc de la peur dans sa première partie et celui du réel cru en couleurs au moment du twist final.

Etant donné la thématique très forte, il était important de m’éloigner des schémas traditionnels sur le sujet. De part son format très court et son rythme exagérément accéléré, Refuge agit comme un violent coup de poing en plein visage pour alerter sur ce drame silencieux, celui-là même qui se joue chaque jour derrière les portes closes de nombreux foyers dans le monde.

PLI : La première partie porte les traces d’un cinéma horrifique à l’ancienne. Pourquoi avoir choisi de traiter de traiter de cette manière ce  « fléau invisible»?

Paméla de Massias de Bonne : L’idée de Refuge a germé dans mon esprit au cours de recherches documentaires sur l’art comme outil de résistance pour lutter contre les violences conjugales. J’ai très vite senti que les témoignages que me narraient les différentes intervenantes faisaient allusion à une réalité qui serait dure à accepter. C’est ce qui m’a poussée à transposer ces histoires en une œuvre métaphorique se nourrissant des codes du cinéma fantastico-horrifique et de l’esthétique du Film Noir.

Jouer ainsi avec ces éléments permettait de toucher un public plus large et surtout d’éloigner le spectateur de ses a priori sur le sujet afin de mieux le surprendre. Lorsqu’enfin le voile horrifique d’ombres et de lumières se dissipe, il se retrouve malgré lui témoin de cette réalité, et cela provoque en lui des sentiments mitigés propices à l’ouverture d’un débat.

PLI : Quelles sont vos influences en matière de cinéma d’horreur et fantastique et de films noirs ?

Paméla de Massias de Bonne : Je suis une grande consommatrice de films d’horreur….alors la liste est longue mais Psychose d’Alfred Hitchcock, Rosemary’s Baby de Roman Polanski, Don’t look now de Nicolas Roeg, Shining de Stanley Kubrick et The Thing de John Carpenter par exemple, sont des sources d’inspiration qui m’ont glacé le sang.

PLI : Sans spoiler la deuxième partie du film, où est-ce que votre héroïne trouve t-elle refuge ? Dans l’habitude, dans l’aveuglement 

Paméla de Massias de Bonne : Le personnage de Chloé transforme cette violente réalité en une sorte de cauchemar parce qu’elle refuse de la voir. Lors du passage à la couleur, c’est dans le refuge toxique du déni qu’elle s’emprisonne, et ce refuge l’empêche de faire face à cette réalité qui la blesse au quotidien. Tout comme dans un film d’horreur, la spirale cauchemardesque n’a ici ni de résolution ni de fin.

PLI : Comment avez-vous travaillé la lumière du film (qui est presque un personnage à part entière)?

Paméla de Massias de Bonne : Pour créer cet univers inquiétant et menaçant proche du cauchemar éveillé, je me suis inspirée des techniques d’éclairage caractéristiques du Film Noir. Refuge baigne dans un éclairage nocturne artificiel qui plonge le personnage de Chloé dans une atmosphère de fatalisme et de désespoir, où elle se retrouve souvent piégée dans des gros plans oppressants et claustrophobiques.

J’ai demandé au directeur de la photographie Pablo Isa de réduire au minimum les points de lumière spécifiquement au moment de la scène la plus violente de l’histoire, pour créer ainsi un jeu d’ombres et de lumières qui permettait de styliser la violence, de la suggérer plutôt que de la montrer froidement. Psychologiquement, cela produit un impact d’autant plus fort sur le spectateur. D’autre part, Candela Chirino, ma directrice artistique a fait un travail extrêmement minutieux de sélection des objets, chacun d’eux ayant une signification dramatique importante et formant une sorte de puzzle dans lequel l’héroïne est enfermée.

PLI : Comment est née la collaboration avec le compositeur Patrice Renson (qui a signé la musique des films « L’adversaire » et « Un Monstre à Paris » entre autres, ndlr)?

Paméla de Massias de Bonne : Du stade d’écriture au montage final en passant par le tournage, la musique a joué un rôle crucial dans Refuge. Tout le concept du court-métrage est né dans mon esprit d’une inspiration musicale, alors j’avais besoin d’un compositeur capable d’interpréter tout ce que je voulais transmettre et bien sûr tout ce se passait dans la tête du personnage de Chloé. Il était très important que la musique retranscrive les sentiments intérieurs et complète la narration. J’ai eu l’énorme chance de collaborer avec un artiste aussi talentueux et sensible que Patrice Renson qui m’a été présenté par un ami compositeur également, Yohann Zveig. Le processus de création s’est fait de manière très naturelle.

Patrice a tout de suite su saisir l’âme du film et a composé une bande originale pleine de finesse et de subtilité qui agit en quelque sorte comme un refuge.

Il y a quelques jours, lorsque nous avons fait la présentation dans un grand théâtre en Argentine, j’ai eu l’occasion pour la première fois de voir Refuge sur un écran géant et avec un son Surround, c’était une expérience impressionnante, Franco Lo Turco était responsable du design sonore et du mixage final, créant vraiment quelque chose de très puissant et qui s’adapte parfaitement à la musique sans l’obstruer.

PLI : Quelle carrière se profile pour Refuge ?

Paméla de Massias de Bonne : Refuge a déjà été sélectionné dans de nombreux festivals dans le monde. Il a été présenté en Argentine récemment en présence de toute l’équipe technique et les acteurs durant les « 24 Horas de Cine Nacional » durant le Festival International de Cine de Mar del Plata. Il va être projeté les 14 et 21 janvier 2018 en première partie de la séance de 20h 30 au Théâtre du Cormier dans le cadre du « Développement cinéma et programmation de courts métrages » organisé par la Mairie de Cormeilles en Parisis. Il a également été mis en ligne et est désormais disponible sur les plateformes Vimeo et Youtube depuis le 4 décembre, je lui souhaite de toucher un public large et de permettre une réflexion et un dialogue sur la violence conjugale qui, est malheureusement, toujours en plein cœur de l’actualité.

La balade ciné

Les films de mon enfance : E.T, Casper, Flashdance, Gremlins, Terminator, À la poursuite du diamant vert, Le Grand bleu, La Mouche, Edward aux mains d’argent, Pretty Woman, Thelma et Louise, Ghost, Forrest Gump, Léon, Seven, Independence Day, Titanic…

Le réalisateur qui m’a donné envie de faire du cinéma : Lorsque j’ai découvert les films de David Lynch (Twin Peaks : Fire Walk With Me, Mulholland Drive, Lost Highway), le désir de faire du cinéma a commencé à brûler à l’intérieur de moi. C’était devenu alors une véritable obsession.

Mes trois films fétiches : L’Amant de Jean-Jacques Annaud, La Leçon de piano de Jane Campion et Sur la route de Madison de Clint Eastwood sont des œuvres charnelles, poétiques, violentes et extrêmement sensuelles qui m’ont profondément touchée et émue aux larmes. J’ai été très sensible à leur manière de montrer les corps, de mettre en scène l’intimité et de mettre en avant la complexité des relations humaines et des passions amoureuses.

Les œuvres que j’aime faire découvrir: Juste la fin du monde de Xavier Dolan qui signe là un portrait de famille anxiogène toxique, bouleversant et poignant. L’impressionnant Whiplash de Damien Chazelle qui est d’une puissance hors norme de part sa mise en scène originale de la musique, son montage frénétique et le soin minutieux apporté au design son.

Mes derniers coup de cœur : J’ai été tout simplement hypnotisée par La La Land, qui est le dernier chef-d’oeuvre de Damien Chazelle puissamment mélancolique et onirique. J’ai également été très séduite par Arrival de Denis Villeneuve, qui est visuellement splendide et redonne un petit coup de fraicheur aux films de sciences fictions à travers sa réflexion sur le langage.

 

 

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