Ariane Dreyfus, l’itinéraire intime d’une poétesse

La poétesse Ariane Dreyfus publie Le dernier livre des enfants, son sixième recueil de poésie paru chez Flammarion. Chaque vers est rare, chaque intention sculptée, chaque lecture patiente. Rencontre intime avec une grande artiste.

Didier Pruvot © Flammarion

Le dernier livre des enfants : itinéraire de la création

1 – L’enfance de mes enfants

Pour l’instant: Le dernier livre des enfants est le sixième recueil de poésie que vous publiez chez Flammarion. Pouvez-nous nous raconter comment vous l’avez conçu?

Ariane Dreyfus: Tout a commencé avec le poème dont le premier vers est « J’écris parce que je vais disparaître », et qui dit finalement le déchirement de ne plus jamais revoir ses enfants (ici ma fille) petits. Même si, grandis, ils sont toujours là, leur enfance physique, si j’ose dire, n’est absolument plus perceptible, hormis dans les rêves (possible que ce poème soit né d’un rêve au cours duquel je revoyais ma fille).

            J’écris parce que je vais disparaître

C’était là,

Ma fille assise dans l’escalier, je la regarde entre les barreaux

Ne bouge pas

J’aime continuer

 

L’importance de se regarder

Sans doute

Le visage en veut un autre

 

Les tout petits, ne plus rien dire

 

Ainsi la nuit si j’entends le chat manger enfin,

Lui si maigre, je sais qu’il bouge son menton aux os fins

Il a besoin de manger,  nous oubliant

Pendant que la nourriture craque entre ses dents

 

Les craquements, si on voulait, on saurait où c’est

Passer entre les barreaux, les frôler

Sans se faire peur

Surtout quand un animal tourne sa tête, hésite,

Puis retourne à son bol où il reste de la solitude

 

2 – D’un film, Cyclone à la Jamaïque

« Puis j’ai découvert au cinéma le film de Mackendrick, Cyclone à la Jamaïque. Sur grand écran, les aventures corporelles et émotionnelles d’une enfant de 10 ans enlevée involontairement par des pirates, au XIX° siècle, avec d’autres enfants, ont été un choc. Et j’ai commencé à « rêver » un livre où retrouver cette intensité. En effet, je me refuse à une poésie qui ne soit pas imprégnée de narration, de concret et même de prosaïque, car c’est comment vivre (en fait, survivre) corps et âme dans le monde qui est mon grand questionnement, questionnement que les poèmes accueillent.

Le film est très étonnant, notamment par la relation trouble, bouleversante, absolument chaste et profonde qui s’élabore entre le vieux capitaine (joué magnifiquement par A. Quinn) et la petite Emily, sans qu’aucun d’eux ne le veuille ni même n’en ait une claire conscience, et par laquelle le plus menacé des deux n’est pas celui qu’on croit. Etonnante cette enfance souterraine, vite blessée, qui affleure par bouffées chez ce capitaine (à un moment il lui montre des dessins de lui petit), alors que qu’Emily est brutale et rebondissante, avide d’avenir, interprétée par Deborah Baxter, au corps énergique et au visage décidé. Le film travaillait donc déjà si puissamment en moi que je n’ai pas désiré lire le roman de Hughes.

Mais à force de repenser à cette histoire, j’en ai eu envie. Certes, le livre met moins en avant cet amour, mais il est encore plus riche dans la présence des animaux et des éléments naturels, et des autres enfants. Surtout, il parle de l’enfance comme on l’a rarement fait à ma connaissance, insistant sur son étrangeté, son égoïsme, ses alternances quasiment incontrôlables de terreur et de résilience, sa façon d’être à la fois avide d’inconnu et tremblant au moindre changement, la frénésie des moments de jeu. Roman bourré de détails ahurissants, comme cette façon de dire qu’un cochon aime dormir sur les enfants : « il détestait coucher sur des choses inanimées, quand il pouvait tout aussi bien se procurer un lit vivant », de réflexions inouïes sur les différents âges de l’enfance – la plus jeune a trois ans, la plus âgée est une jeune fille –, sur ce que peut être par exemple le commencement de la conscience de soi par la découverte de la continuité de sa peau.

J’avais donc une matière fabuleuse, dans tous les sens du terme, et une double source d’inspiration, par le livre et le film. Pour tenter d’approcher cette intensité, je me suis imposée d’entrée de jeu une forme très stricte : long poème fait de vers courts avec une syntaxe faite d’entrechocs autant que possible (je tiens à la lisibilité de mes poèmes). J’ai tenu aussi à les placer dans mon livre en suivant la chronologie de ce qui arrive à Emily et aux autres.

 

Pour compliquer l’existence

Les plus petits crient

Il ne peut pas y aller avec les pieds

Tout le pont nu c’est la mer

Il faut nager ou prendre un bateau

Les enfants rament beaucoup

En se traînant d’une fesse à l’autre

C’est désespérant que les marins

Ne comprennent rien à rien

Et marchent comme des sourds

Sur les océans profonds

On a beau hurler à la noyade

Ils ne croient pas aux vagues

Qui leur arrivent

Par-dessus la tête

Avec des soupirs de fureur

Les enfants rament encore plus

Vers tout ce qui dépasse

Autant qu’une baleine

Une île est possible

Appuyant son dos contre

L’écoutille où elle trône immobile

Largement

Penchée sur son mollet

Emily s’épluche la cicatrice

Faite par l’épissoir tombé à pic

Qui la fit loque en larmes

Emportée suffocante si vite

Le capitaine éperdu courait

Presque au bord

De vomir de pitié

Si vite de ses sombres mains

Pas d’autres soins que le goudron brûlant

Mais le tendre souvenir

Qui lui tend les bras

Assis sur le plancher

De la cabine qui se balançait

Toute la nuit

Pèse trop sur le fond du cœur

Qui sur l’eau, qui dans l’eau ?

Elle ne sait plus

Les règles du jeu

 

Alors Laura nage partout

C’est plus sûr

 

3 – Des animaux, des présences enfantines, des amoureux

« Mais tout un recueil sur cette histoire n’était pas envisageable, je ne voulais pas n’être que dans l’ombre, aussi chatoyante soit-elle, de ces œuvres. J’ai commencé à insérer d’autres poèmes sur l’enfance bien sûr, mais aussi la relation intime à des animaux. Au départ, pour faire une sorte de contrepoint à une Emily souvent surexcitée, même quand elle est plongée en elle-même, et incroyablement forte, j’ai imaginé des petits garçons extrêmement intériorisés, dans une atmosphère de douce tristesse. Cette vision paradoxale des genres féminin et masculin m’est très familière, en grande lectrice de Colette que je suis, chez qui ce sont les hommes qui sont fragiles et les femmes « en acier », comme elle dit dans La Vagabonde (par exemple, dans Le blé en herbe, c’est Phil qui veut mourir, Vinca est trop une bâtisseuse, une acharnée à tenir le coup, pour y songer). Je trouve cela très réaliste, car les femmes par rapport aux hommes sont souvent comme Figaro par rapport aux nobles, il leur faut déployer plus d’énergie et de souplesse pour exister.

Illustration de Jessie Willcox Smith (1963-1935) extraite de The Seven Ages of Childhood (1909) de Carolyn Wells.

Je suis allée chercher ces présences enfantines en moi-même, mais aussi chez des photographes, comme je l’indique en fin de volume. A cela se sont ajoutées finalement d’autres personnages féminins, comme une danseuse vue dans un ballet de Forsythe, qui sort d’une trappe et ne se laisse effrayer par personne, ou la petite fille excisée dont je parle dans le poème Un soir d’été.

Pour parachever « mon petit monde »  (il y a des personnages dans mes poèmes, et le « je », si c’est moi, n’est qu’un personnage parmi d’autres. J’entends par « personnage » un être vivant – qui peut donc être un animal – faisant une expérience de vie ou de mort dans un temps déterminé), j’y ai introduit des amoureux, souvent de cinéma. Ce qui n’est en rien contradictoire avec le thème de l’enfance, car dans mon esprit les amoureux vraiment amoureux sont des enfants.

Regarde  ce  que  je  te  donne

Si simple

Chaque bouton de la chemise

 

Sans la quitter des yeux, grandes mains 

Tendres, y compris pour lui-même

 

Le poignet descend, le ventre se creuse,

Il défait sa ceinture devant elle

Elle regarde les vêtements s’ouvrir encore

Les deux épaules s’approcher en se penchant

Ce visage ferait plier des branches

 

Va-t-il toutes les écarter?

Elle ne sait pas, elle reste assise par terre,

Son secret lui serre la gorge

 

Il est si jeune que nu, il ne fait plus rien

Sauf s’agenouiller tout près

 

En même temps le visage demande

Des nouvelles de la vie entière

 

Les bruits dans la rue sont humides de la pluie

 

Peu à peu l’ombre aussi rend possible

Les mains, ouvrir la robe de la jeune fille et découvrir

Il s’arrête un moment à peine en fait sinon elle souffrirait

Qu’il découvre

Sur le buste mutilé le bandage, râpeux, et cela l’émeut

Et aussi, c’est tiède, comme la peau

Défaisant l’épingle qui tient encore, oui, tiède

 

Elle n’en a plus qu’un seul

Un seul sein, tout entier blotti dans sa paume

 

Il la sent se pencher enfin, souffle vivant contre son cou

 

S’ils attendent encore un peu les yeux se poseront

Sans faire mal et peur de se montrer

 

Tout est à sa place dans le corps qu’il serre contre lui.

 

 

4 – Pour ne pas mourir, ou l’affrontement des tristesses

Pli : « J’écris parce que je vais disparaître » est la phrase qui débute le recueil, à celle-ci il me semble que répondent diverses autres décisions poétiques « …pour ne pas mourir » au détour des pages.

Ariane Dreyfus : Je savais aussi qu’il fallait que je tisse, pour la cohérence du livre, d’autres thématiques dominantes, que sont l’eau (pas seulement l’océan, mais l’eau sous toutes ses formes) et la notion de blessure (comme on le voit dans le poème ci-dessus), d’arrachement, de violence même parfois. En effet, le fond de ma poésie est mon désarroi d’enfant, j’ai même pris l’habitude, plus tard, de penser que « l’enfance est un mauvais lieu ». J’étais pas mal livrée à mes peurs, à un sentiment de honte diffuse, plus inquiétée que rassurée par mes parents. Or j’ai rarement abordé ce malaise de front, car mes poèmes, mes livres, ont tendance à finir bien, je veux dire que finalement je me relève et avance. Avec Le dernier livre des enfants, j’ai tenté pour une fois de ne pas échapper à mes tristesses, ne serait-ce que parce que mon âge, et surtout l’âge de mon compagnon, ajoutent à ces angoisses la conscience que tout va se perdre, que rien ne peut être retenu. N’était-ce pas enfin le moment de rendre dicible l’enfant que j’ai été, mais sans lui ôter de son silence, ce dont est capable la poésie ? Cette capacité qu’elle a de contenir du silence, et d’en créer par ses mots même, est selon moi sa définition la plus sûre, à une époque où il est moins évident de cerner sa spécificité .

Cette permanence de ce qui fait peur ou mal se marque aussi par le fait que presque tous les poèmes affrontent l’obscurité, comme l’indiquent les titres des parties : « Crépuscule », « Nocturnes », « Parce qu’il reste des jours, « Avant le soir », « Poèmes pour que l’air passe ». Cela dit, si l’on considère la succession de ces intitulés, on constate que je ne peux m’empêcher de « remonter la pente ». Et si le  vers qui ouvre le livre est « J’écris parce que je vais disparaître », le dernier est « Dans ma main s’agite la joie du ruban noir ». Ce poème final, « En quittant la plage », est, avec le premier, le plus ancien du recueil. Il est vraiment un « don du ciel », dans tous les sens du mot « ciel » : un soir en effet, en remontant de la plage, j’avais constaté qu’un ruban de ma natte de plage s’était décousu, et virevoltait au vent, sous le ciel encore bleu. Ce petit ruban innocent, soudainement si vivant, j’ai eu envie de lui donner un poème. Son vers final, qui fait danser en l’air la couleur de la nuit et du deuil, contient la même ambivalence que le titre Le dernier livre des enfants. Non que je souhaite que ce soit mon « dernier livre », mais on rêve toujours que le livre que l’on est en train d’écrire soit si juste qu’il en devienne définitif. C’est dire aussi que je suis proche de ma fin, que je suis mortelle, et en ce sens je passe la main aux enfants du titre, à mes personnages enfants, ainsi qu’aux enfants dont je cite les phrases écrites en atelier d’écriture avec moi, à partir de la consigne leur demandant d’y insérer « pour ne pas mourir ». La mort est donc dans ce livre un horizon à la fois permanent et constamment surmonté par à-coups.

En ce sens, tout le recueil est l’illustration de cette phrase de Tournier, où je me retrouve tout à fait : « Pour l’enfant, une histoire qui se termine mal est une histoire qui ne se termine pas du tout. Il demande la suite aussi longtemps que tout n’est pas rentré dans l’ordre. »

Le Petit chaperon rouge et le Grand méchant loup par Gustave Doré (1832-1883)

5- Un soir d’été, ou le poème du fil des mois sur l’excision

Pli : Un autre poème tient une place particulière dans votre livre, Un soir d’été, et ce pour deux raisons au moins : d’une part, en annexe, vous donnez à voir la construction de ce poème, ses ratures, ses recherches, ses déconvenues et ses dénouements, au fil des mois. D’autre part, vous y dépeignez avec une puissance pudique exceptionnelle la réalité de l’excision. Savez-vous pourquoi ce poème revêt une telle importance dans votre vie et/ou pourquoi il a un tel impact (c’est-à-dire l’immédiateté d’une émotion) sur nous?

Ariane Dreyfus : Comme le poème avec le ruban décousu, qui part d’un petit fait de la vie, un ruban décousu, celui-ci m’a été donné par une éphémère démangeaison dans le sexe, que j’ai comparée à la torture hallucinante de l’excision et de l’infibulation, et qui m’a donné l’occasion d’un poème qui rappelle cette barbarie. Celui-ci m’a demandé des années de travail, d’où mon désir de garder des traces des difficultés rencontrées, car la poésie est à la fois un artisanat obstiné et un abandon à ce qui résonne en nous, une écoute. Alors oui, j’espère que ces quelques vers sont plus qu’une dénonciation comme pourraient le faire un article de journal ou un témoignage, qu’ils atteignent chacun dans sa chair, dans le tréfonds de son être. J’ai passé un nombre incalculable d’heures pour que cette petite fille ne soit plus toute seule.

 

Un  soir  d’ÉtÉ

 

Le temps d’ouvrir, de refermer la porte de l’armoire

Une fine brûlure me passe entre les cuisses, et s’en va

 

C’est vrai,

On aurait pu

 

De tout son poids

Transpirant de me tenir

Une femme aurait pu m’écarter les jambes

Chercher à m’écarter les jambes

 

Même si les cris ne sortent pas de là

Tout ce que le couteau prend hurle

 

Les jambes tenues, une petite fille gémit encore

Le récipient se repose

 

Deux mains appuient sur sa tête

C’est le moment d’enfoncer

Des épines et de coudre

 

Alors le gémissement sort de plus bas

Toujours de plus bas

 

Femme titube tout au long de sa vie

Voilà comment la crainte devient une plante féminine

Et comment

 

J’ouvre encore l’armoire           

Pas pour regarder dedans

Mais pour ne plus bouger

 

Ou bouger

 

Puisque c’est comme je veux,

Même nue, c’est comme je veux

 

Ces poèmes sont extraits du recueil Le dernier livre des enfants, paru en 2016 aux Editions Flammarion.

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La bibliothèque de poésie idéale d’Ariane Dreyfus

Pli : Quel serait votre « incontournable » ?

« Je reviens toujours à Rimbaud. Je sais qu’il peut intimider, décourager même, ayant ouvert d’emblée tous les chemins possibles de la poésie contemporaine, mais c’est bien en cela qu’il est le poète central, celui de la circulation maximale et des trouées les plus profondes. Quand je le lis, je peux de toute façon écrire parce qu’il donne une force de dégagement et en même temps ce désir d’étreindre, de s’enfoncer. Il y a aussi cette nostalgie d’une joie qui n’a jamais existé. Il a tout tenté par la seule force de sa voix, une voix tellement seule qu’elle se tord de tous les côtés. Mais là où elle m’atteint le plus, c’est quand elle se resserre dans la gorge, jusqu’à un fond insondable, comme dans l’avant-dernier quatrain du « Bateau ivre », quand, loin des fulgurances multicolores de ceux qui précèdent, un enfant s’accroupit près d’une mare dans le crépuscule, les bras tendus. Je pense souvent à ce geste pour commencer un poème, même s’il n’y apparaît pas il infléchit ma voix. Il y aussi ce poème d’une douleur vertigineuse qu’est « Mémoire » : les profondeurs troubles y miroitent à l’air libre, indéfiniment. Et à force l’énergie remonte. »

Pli : Quel(le)s sont les auteur(e)s qui vous accompagnent le plus ?

Colette a une place particulière dans ma vie, ce pourquoi je lui consacre les premières pages de mon recueil de textes critiques La lampe allumée si souvent dans l’ombre. Colette parce qu’elle a écrit un jour  « Renaître n’a jamais été au-dessus de mes forces » et que toute son œuvre le prouve. Une de ses œuvres rares et précieuses, capables, à la façon de Montaigne, d’assumer la vie en faisant l’économie de toute transcendance.

 Pour m’en tenir aux poètes, ma découverte, assez jeune, de James Sacré, m’a vraiment fait sentir que c’était la voie que je voulais, cet élan d’une parole dans la relativité d’un corps : « Je voudrais m’en aller dans un poème/ Pour être comme à côté du corps/ De quelqu’un d’autre, un corps/ Où la parole ne trahit pas le silence. », sans compter qu’il y a chez lui une confusion si juste, quand on considère notre vie, entre le sentimental et l’organique !

Autre poète qui m’accompagne : Stéphane Bouquet, dont la voix/corps (les deux sont inséparables chez lui) dit inlassablement à la fois l’amour de tout ce qui est et le besoin pourtant d’en être consolé, la porosité de son être et la conscience de la solitude, tout cela dans une langue très travaillée mais cela ne se voit plus. Voici un extrait de son dernier livre, Vie Commune, paru en septembre 2016 :

 « Il faudrait toujours se poser sur la

vivance des choses. (…) je voudrais qu’il

neige complètement aujourd’hui, je veux

dire

cette poudre de protection quasi –

pharmaceutique protégeant

naturellement

de la peur.

Il ne va pourtant pas du tout

neiger mais il y a beaucoup de soldats

dans les rues ces temps-ci, c’est une

sorte de pis aller comme d’habiter

dans un imblessable gilet pare-balle.

Finalement poète = l’infatigable

fabricant

de phrases – parois derrières lesquelles ce

cacher pour tout ré-apaiser calmement,

d’un calme de sain et sauf. »

 (Stéphane Bouquet)

 

* A ce désir éperdu de contact, je reconnais la poésie qui me tient à cœur. Celle qui ne renonce pas, bien au contraire, à la langue commune, qui ne quitte jamais absolument une sorte de ton naturel, et le support de la phrase (qui n’empêche pas du tout le vers). Toute poésie volontairement obscure est pour moi langue morte ; lectrice, j’ai besoin de me sentir immédiatement tout contre quelqu’un, que ce soit dit d’humain à humain. Aux noms déjà cités, je pourrais ajouter, par ordre de découverte (mais la liste n’est pas exhaustive, il y a aussi les chansons de l’enfance, les poèmes amérindiens et autres poètes étrangers, mais la place nous manque) : Molière, que j’ai lu très tôt à voix haute pour moi-même, Francis Jammes, Eluard, Apollinaire (surtout celui des Poèmes à Loups), Scève, Guillevic, Supervielle, Michaux, Eric Sautou, Cliff, Aragon, Mes amis mes amis de Frédéric Boyer, Franck Venaille surtout dans ses trois derniers livres, Bernard Chambaz.

* Je relis souvent aussi : « Dors », « La dame de carreau », « Nuits partagées » d’Eluard ; « Les déserts de l’amour » de Rimbaud ; « Visite » de Cocteau ; « La Ralentie » et « Je vous écris d’un pays lointain » de Michaux. Ces longs poèmes en prose m’atteignent toujours, tant l’effort de dire y est présent, désir qui m’émeut le plus sans doute. Je suis émue parce que je sens de la confiance qui est faite.

**La lampe allumée si souvent dans l’ombre, est un recueil de textes critiques qu’Ariane Dreyfus a consacré à ses pairs poètes et poétesses. Il est paru aux Editions Corti en 2013.

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Catégories :LITTERATURE, LIVRES, POESIE

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