Le développement personnel pour enfants, un peu d’Hélène Bruller dans ce monde de grands!

Quand vous connaissez la géniale illustratrice Hélène Bruller pour ses BD et ses strips sarcastiques – du type « Le mec des autres filles… » – vous êtes toujours enthousiaste à l’idée de la retrouver sur un nouveau projet. Celui-ci fait mouche… Parents, grands-parents, amis, famille, et si nous donnions aux enfants ce qu’ils attendent en fait? Un peu de sincérité dans ce monde de bruts. 

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Le Guide du Supermoi, le développement personnel pour les enfants

Pli : Pouvez-nous présenter ce «Guide du supermoi» à destination des enfants, des adolescents et de leurs parents? Comment fonctionne t-il ?

Hélène Bruller : Comme le Guide du Zizi Sexuel (ndlr : album pour la jeunesse écrit par Hélène et dessiné par Zep), le Guide du Supermoi est divisé par thèmes et contient des questions simples et des réponses à ces questions les plus claires, les plus directes et les plus honnêtes possibles. Vous piochez la question que vous voulez, vous pouvez vous aider de l’index à la fin du livre, mais je préfère qu’on le lise du début à la fin.

Pli : Comment est née l’envie de l’écrire ?

Hélène Bruller : Quand j’écris un livre pour enfant, c’est toujours pour faire un livre que j’aurais voulu avoir quand j’étais petite. Le guide du Supermoi réunit les questions que je me posais, les soucis qui me taraudaient et je leur ai mis les réponses apprises pendant 47 ans, petit à petit, par la vie, ou par l’analyse et la thérapie que j’ai faites.

Pli : Y a t-il des thèmes particulièrement délicats à aborder avec les enfants ? 

Hélène Bruller : Non. Je crois que quand nous mettons la priorité sur la sincérité, donc la vérité, tout à coup tout s’éclaire. C’est difficile de répondre quand nous sommes nous-mêmes gênés par le sujet ou que nous voulons « protéger » les enfants de la vérité (ce qui veut dire que c’est à nous que la vérité fait peur). Je déconseille fortement aux personnes qui ont « peur » de la vérité sur certains sujets de s’adresser aux enfants dans un livre. Nous avons trop entendu de conneries avec des choux et des roses par peur stupide de la sexualité, trop de morale culpabilisatrice pour empêcher les enfants de s’épanouir uniquement dans le but de conserver notre tranquillité. Aujourd’hui, je pense qu’il faut laisser venir des livres, mêmes imparfaits, qui tentent d’être intègres. Ça paraît très prétentieux, mais l’idée, quand on fait un livre, c’est quand même de changer le monde.

Pli: Quel est votre truc pour aborder un langage direct et décomplexé en vous adressant aux enfants, c’est-à-dire ni trop neuneu ni trop sérieux ?

Hélène Bruller : J’écris mal. C’est mon secret. En fait, je pense que dans beaucoup de livres qui souhaitent apporter des informations aux enfants, les auteurs veulent trop de choses. Ils veulent apporter les réponses (ça c’est le minimum) et en plus flatter leur égo en adoptant un style littéraire. Malheureusement, la volonté de faire de jolies phrases plonge souvent le contenu dans le brouillard. Quand un sujet est déjà difficile, que la réponse demande beaucoup de subtilité pour que les nuances soient bien comprises, s’il faut que l’enfant se torde le cerveau pour comprendre la tournure de la phrase, il aura moins accès à ce qu’elle signifie. Il faut savoir ce qu’on veut : être applaudi comme auteur ou apporter à un enfant l’éclairage qu’il attendait sur ses questions ? Il faut mettre son orgueil dans sa poche et se dire, d’accord, je suis pas l’écrivain du siècle avec un style fabuleux, mais putain, on comprend ce que je veux dire !

Et puis, je n’ai pas de snobisme de langage, je suis extrêmement grossière dans la vie et dans mes BD, parce que je pense que la grossièreté n’est pas un remplacement mais un supplément, un enrichissement de notre langue. Je crois que ça rejoint ce besoin de sincérité quand j’écris. Si quelqu’un a été désagréable avec moi, « désagréable » est le mot que j’emploie, si cette personne a été carrément odieuse, j’emploie ce mot, donc si elle s’est montrée une vraie salope, pourquoi atténuer ce que je ressens ? J’utilise le mot « salope » ou le mot « désagréable » en fonction de la manière dont ils collent à ce que je ressens. Donc la libération du langage n’est pas une façon de bousiller la richesse du vocabulaire, mais au contraire de l’enrichir.

Pli: C’est quoi« Etre un supermoi » pour un enfant de :

  • 5 ans : Un enfant qui rit ou pleure en toute confiance.
  • 10 ans : Un enfant qui sait dire non quand quelque chose ne lui plait pas, même si ça fait de la peine.
  • 15 ans : Un ado qui choisit de faire une chose qu’il a envie de faire, même si ça PLAIT à ses parents…

* Le Guide du supermoi, texte d’Hélène Bruller et dessins de Charles Berbérian, Editions Delcourt, 12,50 euros.

Au sommaire: Le conscient et l’inconscient, Ressentir, Le regard des autres, L’éducation, Etre que je veux, Devenir adulte, La vieillesse et la mort, La spiritualité, Les droits de l’enfant.

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3 superconseils pour aider nos enfants à devenir le meilleur d’eux-mêmes 

1- « Tout prendre avec calme : Il fait une crise ? Vous aimez parce que ça veut dire qu’il est vivant. Il pleure ? Vous aimez parce que ça veut dire qu’il a un tel lien avec vous qu’il vous autorise à le consoler, etc… D’une manière générale, nous nous énervons toujours pour des conneries, et c’est plus tard que nous en rions. Donc riez-en tout de suite, ça vous épargnera une perte de temps et un ulcère.

2- Relisez Kalil Gibran : Vos enfants ne vous appartiennent pas, ils viennent de vous mais ils ne sont pas à vous. Se rappeler que la petite personne devant nous est un individu libre et différent. Il faut apprendre à découvrir qui est notre enfant et pas apprendre à notre enfant à devenir ce que nous voulons qu’il soit. Il y a une phrase de sagesse juive que j’aime profondément : « Eduque l’enfant selon sa voie, il ne s’en détournera pas ». Cette phrase dit tout. On ne fait pas l’éducation d’un enfant, on l’accompagne.

3- Respirez. Souvent, pour tout. Quand votre ado vous parle pour la cinquième fois pendant le diner comme à une merde, alors que vous avez eu une journée pénible et qu’il est en train de bouffer comme un porc le plat que vous avez pris la peine de lui préparer, vous avez toujours une pulsion de baffe dans sa gueule qui vous remonte en premier lieu du fond des tripes. C’est un instant de la vie parfait pour respirer. Votre ado ne fait que son boulot et, oui, son boulot pendant un temps (qui nous paraît très long), c’est de nous traiter comme des merdes. Nous le savons tous : c’est pour se construire comme il se voit, lui, qu’il doit d’abord détruire ce que nous en avons fait (bon, sans le savoir il va utiliser les mêmes Lego, c’est ce qui est drôle). Donc puisque tout ça est sain et parfaitement normal, pourquoi se monter la rate au court bouillon ? Vous respirez, vous prenez du recul, vous vous projetez dans l’avenir, quand il aura 30 ans, qu’il sera de nouveau sympa et que ça fera rire tout le monde d’évoquer cette période. Attention, je ne dis pas qu’il faut pour autant se laisser chier dessus en disant merci, il faut montrer notre désaccord. Mais l’ado a passé l’âge des sanctions et des fessées, du ton qui monte et des démonstrations d’autorité, il veut qu’on l’aide à grandir, il ne sait pas du tout comment faire et il compte sur vous pour lui montrer – afin qu’il fasse le contraire et qu’il se sente grand d’avoir pris une décision différente (donc à lui seul). Donc, vous avez le droit d’exprimer que vous êtes furieux, et que le billet de 20 balles qu’il voulait pour sa soirée avec les potes, il peut se le rouler. Il n’y a aucune raison d’être sympa avec quelqu’un qui se comporte comme un connard, vous pouvez parfaitement l’envoyer promener comme vous feriez avec un adulte. Il veut avoir l’air d’un grand ? Alors il assume. »

©Charles Berbérian-Editions Delcourt

©Charles Berbérian-Editions Delcourt

 Extrait du Guide du supermoi

« * Est-ce qu’on a le droit de pleurer? Bien sûr! C’est très important pour vider les mauvaises choses et les trop fortes! Quand le sol de la cuisine est sale, on le lave avec de l’eau. Le coeur aussi.

* Est-ce qu’on est obligé de pleurer quand on est triste? Si les yeux veulent pleurer, il faut les laisser faire. Mais si on dit les mots qui décrivent notre tristesse, parfois ça suffit.

* A quoi ça sert, de pleurer? La nature nous a fabriqués avec des glandes lacrymales (les glandes aux bords des yeux pour permettre de pleurer). Si la nature s’est embêtée à nous mettre ces glandes à la naissance, c’est pas pour faire joli, c’est parce que c’est utile. Ca sert à humidifier les yeux et aussi à faire sortir les émotions trop fortes quand on a mal (physiquement ou moralement), ou quand on a un grand bonheur qui nous envahit et qui déborde.

*Pourquoi on a honte de pleurer devant les autres? Parfois on confond la tristesse et la faiblesse. Alors on croit que pleurer c’est être un faible. On n’a jamais envie d’avoir l’air plus faible que les autres parce qu’on a peur qu’ils en profitent pour nous dominer. Alors on croit que le courage c’est s’empêcher de pleurer. Mais c’est le contraire! Le courage, c’est quand on accepte de pleurer même si on se moque de nous. 

*C’est quoi, être courageux? On croit souvent que le courage c’est de ne pas avoir peur. C’est archi faux. Le courage c’est quand on a peur de quelque chose mais qu’on le fait quand même.

* C’est quoi la peur? (…) »

To be read.

Merci à Hélène Bruller.

 

 

  

 

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