Malene Rydahl, l’heureuse qui venait du froid

Le Danemark arrive régulièrement en tête des classements internationaux du bonheur, c’est également un pays dans lequel l’égalité homme-femme est solidement implantée. N’y a t-il pas là une recette magique dont nous pourrions nous inspirer ? Si !

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En 2012, elle fut nommée par l’Express parmi les 24 femmes de l’année. D’origine Danoise, Malene Rydahl vit depuis vingt ans à Paris où elle a été Directrice de Communication chez Hyatt jusqu’à cette année. Son livre « Heureux comme un Danois » vient de sortir en poche: s’il ne devait y avoir qu’un seul petit précis du bonheur ce serait lui ! Drôle, plein de bon sens et pétri d’espoir sur la nature humaine (et l’égalité homme-femme !), ce livre est une bouffée d’oxygène du début à la fin. Au final, nous rêvons de nous envoler pour le Danemark ou, plus réaliste, de suivre les pérégrinations de la pétillante Malene Rydahl – qui pourrait bientôt sortir un deuxième opus…

PLI : Comment définiriez-vous la place des femmes dans la société danoise?

Malene Rydahl : Les femmes ont une place très libre ! Mais cette liberté est complètement liée à la libération de l’homme. La bataille pour l’égalité est passée par une phase de transition, nécessaire, qui se concentrait sur les femmes car l’on estimait que l’homme était celui qui avait toujours eu le pouvoir. L’étape suivante, ça a été de libérer l’homme lui-même de cet état de macho qui n’était pas choisi non plus. L’équilibre atteint par la société danoise aujourd’hui, c’est que chacun peut choisir librement le rôle qui lui convient, sans préjugés, sans tabous. Les hommes peuvent s’investir dans la vie familiale et s’occuper des enfants, les femmes peuvent choisir le style de vie qu’elles veulent, personne n’est jugé.

PLI : Qu’est-ce qui, selon vous, contribue au bonheur des Danoises ? Vous parlez dans votre livre de la représentation quasi équitable aux postes importants des entreprises et des collectivités, la libre répartition des rôles au sein de la famille, l’éducation basée sur le potentiel, la place faite à la sexualité…

Malene Rydahl : Le fait de pouvoir choisir l’individu qu’elles veulent être contribue fondamentalement au bonheur des Danoises. Toutes jeunes déjà, le système scolaire danois les encourage à se forger leur propre opinion, à faire leur expérience de façon autonome et à s’intéresser au métier qui leur plait, en toute égalité entre tous les enfants. En grandissant, les femmes apprennent à être fidèle à elle-même et peuvent choisir librement le rôle qu’elles veulent avoir dans la société : faire carrière, rester à la maison, être maman, se marier, vivre en couple libre, tout ça en même temps ou rien de tout ça. A nouveau, comme l’égalité homme-femme est naturelle, tout est possible : même le congé maternité, que toutes les Danoises prennent sans sourciller, est une affaire qui peut être partagée entre les deux parents. Enfin, comme vous le soulignez, le rapport au corps et à la sexualité est très simple et décomplexé au Danemark. La sexualité fait partie de la vie, elle est source de plaisir, elle est vécue sans tabous entre homme et femme… Cela participe sans doute aussi au « bonheur danois ».

PLI : Au contraire, pensez-vous que des choses puissent être améliorées spécifiquement pour les femmes dans la société danoise ?

Malene Rydahl : Il y aurait une chose…mais qui est tout à fait anecdotique : du fait de vivre dans une société parfaitement égalitaire…les hommes ne sont vraiment plus galants du tout ! Ils sont complètement libérés de l’obligation d’inviter leur compagne au restaurant ou de leur tenir la porte… J’ai tendance à l’oublier et je me prends fréquemment des portes sur le nez lorsque je retourne au Danemark. Voilà qui enlève parfois du charme au quotidien, mais cela reste superficiel bien entendu.

PLI : Vous dites que la société danoise est très « féminine » dans le sens où elle se nourrit de valeurs généralement associées aux femmes, quelles sont-elles?

Malene Rydahl : Oui, la société danoise est basée sur la bienveillance, la générosité, le sens de l’équité et de la communauté… Le fait de se partager ainsi la responsabilité du vivre ensemble et de prôner la solidarité rend plus empathique et procure plus de bien-être !

PLI : A ce titre, comment pensez-vous que s’équilibrent le bien-être général et le bien-être personnel ?

Malene Rydahl : C’est un point très important car au Danemark, les deux sont intimement liés ! J’aime beaucoup l’image du masque à oxygène dans l’avion, vous devez vous le mettre d’abord avant de pouvoir secourir les autres. Votre accès au bonheur passe par vous, c’est une responsabilité individuelle qui vise ensuite le projet commun. L’Etat Providence est une donnée essentielle à mes yeux, le fait de bénéficier de l’égalité des chances et le sentiment de faire partie d’un projet sont des aspects qui vous porte. Vous vous sentez concerné et responsable, et tout le monde autour de vous se sent concerné et responsable aussi. De plus, le fait que la société danoise pousse les enfants à développer leur personnalité, et qu’elle valorise leur choix, cela permet aux individus de vivre en harmonie avec eux-mêmes, plutôt que de vivre une vie imposée.

*« Heureux comme un Danois » de Malene Rydahl, Editions J’ai Lu, 5,60 euros.

9782290113677_HeureuxCommeUnDanois_couv.indd3 conseils à appliquer d’urgence pour ressentir le bonheur à la danoise 

  • Osez être vous-même (et pas ce qu’on attend vous)

« Avoir le courage d’être fidèle à soi-même, de s’approcher de qui nous sommes réellement est essentiel, insiste Malène Rydahl. Cela veut dire par exemple de nous former et de faire un métier qui nous plait, et pas en conformité avec ce que la société et/ou nos parents attendent de nous. Mon premier conseil est donc de faire le point et de se poser les bonnes questions. »

  • Soyez un individu responsable (vous n’êtes pas une victime)

« Etre responsable de son existence me paraît fondamental, et salutaire ! Cela nous permet d’être dans l’action, de prendre part à ce qui ne vas pas, de faire partie des solutions à nos problèmes, tant au niveau personnel qu’au niveau collectif. Se positionner en victime, c’est l’immobilisme assuré. Appliquons-nous d’abord à nous-même ce que nous souhaitons voir changer.»

  • Ayez des « rêves réalistes » (tous les chemins sont semés d’embûches)

« Lorsque nous avons un rêve, comme moi celui de partir à Paris lorsque j’étais jeune, nous avons une image embellie de la réalité. Nous imaginons les cafés, la Tour Eiffel…mais pouvons débarquer un jour de pluie sans comprendre un traitre mot de la langue ! raconte Malène Rydahl. En intégrant du réalisme dans nos rêves, nous réduisons le décalage entre notre imagination et ce que nous allons vivre, et risquons moins d’être déçu ou abattu lorsque les obstacles se présentent. Car il y a toujours des difficultés, aucune situation n’est facile et évidente dans la vie. En étant réaliste, nous profitons plus du chemin qui nous mène à nos rêves…et trouvons souvent dans le chemin lui-même notre bonheur.»

5 bons plans « happy » spécial Danemark de Malene Rydahl

* Regarder Borgen : la célèbre série politique qui illustre très bien la vie à la danoise d’aujourd’hui.

* Redécouvrir H.C Andersen : avec un de ses nombreux contes notamment « Le petit vilain canard ». De belles leçons de vie et d’émancipation pour devenir soi-même.

* Lire Kierkegaard : notamment les « Miettes philosophiques ». Le philosophe affirme que l’existence de chacun est individuelle et exceptionnelle, irréductible aux groupes et à la famille : « Le devoir de l’individu est d’obéir à sa propre vocation ».

* Admirer les peintres de Skagen : avec la lumière nordique, comme “Sommeraften på Skagen strand » le magnifique tableau de Peder Krøyer.

* Manger des “flødeboller” : du chocolatier “Summerbird”… Une délicatesse!

 

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Cet article est paru dans le numéro 39 du magazine Fémi-9 (septembre-octobre-novembre 2015).

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