Pierre et le loup en Belgitude – Avec Alex Vizorek et Karo Pauwels

Deux artistes belges sont réunis autour de Pierre et le loup – et d’un orchestre de 25 musiciens – pour le bonheur des petits et grands mélomanes. L’humoriste Alex Vizorek, très demandé et non moins charmant, prête son dynamisme décalé au récit. Tandis que l’illustratrice Karo Pauwels fait évoluer en direct son dessin élégant au service du conte slave. Rencontre autour d’un verre de vin…via trois écrans.

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C’est La Ferme du Biéreau, un lieu culturel florissant de la périphérie bruxelloise, qui eut l’excellente idée de mettre en scène une adaptation de Pierre et le loup, le conte musical de Sergei Prokofiev, avec Alex Vizorek, Karo Pauwels et l’orchestre Est-Ouest lors d’un festival de musique en février dernier.

PLI : Si vous deviez incarner un des personnages de Pierre et le loup, lequel seriez-vous ?

Karo : Je serais le petit oiseau, la flûte traversière. J’apprécie sa simplicité… C’est également un animal que j’ai aimé dessiner et animer sur mes planches.

Alex Vizorek : Pour ma part, je choisirais le chat. Il participe à l’histoire sans qu’il ne lui arrive jamais rien, il ne tient pas à se faire bouffer ! Il est au poste d’observation. Et par conséquent, je serais donc interprété par la clarinette… Sans commentaires…

PLI : Aviez-vous le vinyle de Pierre et le loup étant enfant? Et vous êtes-vous inspirés d’une des versions existantes pour ce projet ?

Alex Vizorek : Pas du tout, je ne connaissais aucune version de ce conte. On n’était pas très musique classique à la maison quand j’étais gamin, mes parents étaient plutôt yéyé, ils écoutaient Julien Clerc, Patrick Bruel, Barbara, Ferré, Brel… Je suis venu petit à petit au classique, j’ai finalement vaincu l’a priori qui me faisait penser que c’était une musique trop compliquée pour moi. Pour le coup, je trouve que Pierre et le loup est un excellent pied à l’étrier dans ce domaine. Lorsqu’on m’a proposé ce spectacle, je me suis tourné vers la version racontée par François Morel – qui est formidable. J’ai compris qu’il y avait quelque chose de vraiment chouette à faire avec ce texte et j’ai assez vite dit oui au projet.

Karo : Je me souviens très bien avoir écouté Pierre et le loup enfant plusieurs fois avec ma maman. J’étais très impressionnée par la musique classique. Pour la petite histoire, à l’époque, j’ai pris des cours de solfège à La Ferme du Biéreau – le lieu même où s’est monté le projet. Les cours se sont avérés catastrophiques et jouer de la flûte me terrifiait… Vingt ans après, j’y suis de retour ! Avec un crayon à la main plutôt qu’une flûte. En travaillant, j’ai écouté en bande-son la version racontée par Gérard Philippe, qui date de 1956.

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PLI : Comment est né ce projet d’adaptation? De l’orchestre Est-Ouest, de Karo, d’Alex, de l’équipe de la Ferme du Biéreau, qui a été vers qui?

Alex Vizorek : Je pense que les deux organisateurs avaient chacun un nom en tête et qu’ils se sont obligés l’un l’autre à prendre leur « protégé » ! Au final, c’est une réussite n’est-ce pas ? J’aime beaucoup le trait de Karo, tout en étant précis et compréhensible, il donne un vrai caractère poétique à l’œuvre.

Karo : Il y avait depuis longtemps de la part de Gabriel Alloing, Vassilia Van Der Heyden et Axel de Jenlis la volonté de monter un spectacle court, une opportunité qu’ils ont pu concrétiser dans le cadre du festival de musique Est-Ouest. Vassilia est venue vers moi car elle appréciait mon « Dessin du vendredi » que je publie chaque semaine sur mon blog. J’ai été hyper emballée de participer à ce spectacle multi-médias, avec l’équipe de la Ferme du Biéreau, Alex Vizorek que je connaissais bien sûr via ses chroniques, et l’orchestre Est-Ouest ; c’était d’emblée très excitant et c’est resté très stimulant tout au long du processus de création.

PLI : A t-il été facile de vous approprier Pierre et le loup, une histoire bien connue ?

Alex Vizorek : Malgré tout, et tu le vois dans les multiples versions dont tu parlais, il n’y pas énormément de place pour l’appropriation, on ne peut pas changer le texte. Néanmoins avec le timbre de voix, le rythme, la candeur de l’interprétation, on peut trouver sa place. En travaillant avec l’équipe, nous avons trouvé un moyen de mettre un peu d’humour et de distance au début du spectacle…En jouant avec l’instrument du basson par exemple… Une initiative qui se veut mi-pédagogique mi-légère. Mais faire plus que ça aurait été difficile. Cela dit, ce n’est pas du tout dénué d’intérêt pour moi ! J’ai l’habitude d’être un humoriste qui cabotine sur scène – car c’est le moins que vous puissiez faire quand vous avez face à vous des gens qui vous écoutent pendant 1h20. Pour Pierre et le loup, je n’ai mis que le pompon sur des pantoufles existantes… Mais je ne m’ennuie pas, loin de là, je me plais à progresser dans mes pantoufles.

Karo : Je me suis sentie plus libre d’aller où je voulais dans le dessin. Je me suis inspirée de mes lectures sur Ivan Bilibine, un illustrateur russe du début du XXème siècle au travail pictural magnifique. Je n’ai pas cherché de références graphiques hormis lui et ai laissé vagabonder mon crayon dans l’esprit des contes russes. En revanche, Internet m’a servi pour des recherches plus précises, à commencer par le dessin des instruments de musique, des points précis de décor ou de physionomies animales.

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PLI : Comment se sont passés les répétitions avec l’orchestre – qui est extra. Etiez-vous impressionnés?

Alex Vizorek : Pour ma part, je devais me caler avec l’orchestre, ne pas raconter l’histoire trop vite ou trop lentement, laisser un peu de temps pour digérer un moment. Je craignais que les gens du monde du classique soient très très sérieux, mais nous nous sommes mutuellement mis en confiance et j’ai pu oser quelques blagues… ça a l’air évident comme çà mais ils étaient quand même 25 face à moi !

Karo : C’était hyper impressionnant en effet ! 25 musiciens classiques talentueux qui occupent toute la scène. Reste que de mon côté, j’avais moins de contraintes qu’Alex, il me suffisait de suivre le flux. Et puis, je suis cachée derrière, où personne ne me voit – on n’aperçoit que mes mains sur les écrans géants.

PLI : Comment avez-vous abordé le fait que votre public soit en grande partie constitué d’enfants? 

Alex Vizorek : C’était dingue de raconter Pierre et le loup devant des enfants, ils parlent plus que moi ! Ils se lèvent, causent, débattent – au moment où le loup mange le canard, j’entendais très clairement un argumentaire : « Il n’a pas dit que le loup croque le canard, il a dit : il l’avale ! » Mais on arrive à faire abstraction de ce public bavard ; et puis véhiculer des valeurs pédagogiques, c’est très chouette.

Karo : Je ne suis pas particulièrement spécialisée dans l’illustration jeunesse et je ne me suis pas focalisée là-dessus en préparant mes carnets de dessin (ndlr : l’illustratrice utilise un nouveau carnet vierge qu’elle « complète » à chaque représentation). Mais sur scène, entendre les réactions des enfants est un délice, ce qui les fait rire, ce qui les effraie… En l’occurrence, je pense que mon loup leur colle bien les miquettes ! Cerise sur le gâteau, j’ai eu des retours via des institutrices et des proches, qui m’ont raconté que les enfants voulaient dessiner après le spectacle. Repartir avec cette envie, c’est chouette aussi. Comme cette petite de 4 ans et demi qui a demandé à sa maman, toute rêveuse : « Mais dessiner, c’est son métier ? »

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PLI : L’expérience vous a t-elle donné envie de recommencer un jour un projet de ce type? 

Alex Vizorek : Bien sûr, pourquoi pas ! J’évolue dans le business de l’humour et des médias, être conteur me permet de travailler différents plaisirs. C’est une agréable récréation.

Karo : Avec plaisir également, ce genre de performance de dessin en direct me distrait également du travail plus monacal de ma table à dessin. C’est très intéressant.

PLI : Ensemble ?:

Karo & Alex Vizorek : Nous sommes tout à fait prêts à tourner avec Pierre et le loup si nous trouvons de nouvelles dates !

PLI : Quel conte rêveriez-vous de voir adapter?

Karo : Vassilissa, un vieux conte russe que j’ai découvert via l’auteure Clarissa Pinkola Estes.

Alex Vizorek : Les Fables de la Fontaine, ce ne serait pas si évident.

PLI : Par ailleurs, avez-vous un coup de coeur récent pour une autre production pour enfant à nous conseiller?

Karo : J’ai adoré le court-métrage Derrière porte au Sud, un conte noir d’une beauté stupéfiante, étalonné par mon ami de l’Atelier Anthracite. Plutôt à partir de 8 ans.

Alex Vizorek : Pas de coup de cœur récent mais les indémodables et toujours appréciés : Les enfants du paradis, Le Magicien d’Oz ou n’importe quel court-métrage de Chaplin.

PLI : Dans quels projets personnels aurons-nous la chance de vous retrouver au printemps?

Alex Vizorek : En avril-mai sortira le livre « Chroniques en Thalys » illustré par Pierre Kroll et Nicolas Vadot. Tu te doutes comme j’en suis fier…

Karo : Quant à moi, je travaille de manière solitaire sur une BD et de manière collective sur le projet de sérigraphie Ink the Queen, initié par l’atelier collectif dont je fais partie.

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Spectacle musical illustré en direct dès 4 ans.

=> Une autre chance de voir ce spectacle : le 14 mars 2015 à Wolubilis à Bruxelles pour trois représentations.

Suivront peut-être d’autres dates, et pourquoi pas un CD !

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La Ferme du Biéreau, qui a produit le spectacle, a pour directeur Gabriel Alloing et pour directrice adjointe Vassilia Van der Heyden.

Pour suivre le travail d’Alex Vizorek (et sur Pour l’instant).

Pour suivre le travail de Karo Pauwels (et sur Pour l’instant).

 

 

 

 

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