Marilyn Monroe et Susan Bernard, deux destins parallèles

« En parcourant la vie de Marilyn à travers d’innombrables photographies d’elle et les écrits de mon père, comme beaucoup d’autres femmes, je me suis identifiée à elle. »

Marilyn Monroe © Bernard of Hollywood

Marilyn Monroe © Bernard of Hollywood

Susan Bernard est la fille de Bernard of Hollywood, un photographe glamour de l’âge d’or hollywoodien, mais aussi l’homme qui d’un œil alerte découvrit Norma Jean Baker dans la rue et lança la carrière de celle qui devint Marilyn Monroe. En promouvant l’œuvre artistique de son défunt père à travers le monde*, Susan Bernard s’attache aussi à rendre hommage au mythe Marilyn. Car l’actrice blonde, qui a tiré sa révérence il y a cinquante ans déjà, fait partie intégrante de la vie de Susan depuis sa plus tendre enfance, comme une amie complice. Rencontre en photos avec une femme d’images.

* Elle publie une biographie “De Norma Jean à Marilyn”, qui reproduit plus de 150 images, dont 40 photos inédites de l’actrice, et des documents jamais publiés (extraits du journal intime, de carnets du Studio, négatifs noir et blanc, planches contact) de Bruno Bernard, dit Bernard of Hollywood. Paru aux Editions Hugo & Cie. 25 euros.

Couv livre Norma Jean-Marylin

La vie de Marilyn à travers les images de mon père

Photo 1 – La découverte de Norma Jean

Marilyn Monroe © Bernard of Hollywood

Marilyn Monroe © Bernard of Hollywood

« Les gens étaient captivés quand mon père leur racontait l’histoire de sa découverte de Marilyn Monroe, raconte Susan Bernard.

1946, c’était l’été indien et la température dépassait les 30°C. Après deux heures sous la lampe de son dentiste, il quitta son cabinet, groggy, et regagna lentement son studio de photo Bernard of Hollywood situéquelques rues plus loin. Alors qu’il hésitait à annuler son rendez-vous suivant et à rentrer chez lui, une éblouissante adolescente, aux courbes voluptueuses, passa en roulant des hanches. Elle avait les formes qu’il fallait où il fallait, et se mouvait à la manière d’artistes de strip-tease. Il se demanda si c’était une nymphette qui se prostituait, car en ces temps de guerre le plus vieux métier du monde était une activité prospère. Mais ils se trouvaient dans un quartier trop chic. Alors, il fit quelque chose d’inédit pour lui: il agita la main et siffla la charmante apparition afin qu’elle s’arrête. Une méthode plutôt grossière, admit-il. Puis il lui donna simplement sa carte en disant: “Mademoiselle, ceci est purement professionnel, j’aimerais faire quelques photos de vous.”

À six heures le lendemain matin, la vieille guimbarde de Norma Jean Baker s’arrêta bruyamment devant ses studios. Elle demanda « Vous pensez vraiment que je peux faire des couvertures de magazine M. Bernard ? » et il répondit « Mon appareil photo ne ment jamais. » Mon père donna ce premier jet de photos à son ami Ben Lyons, un découvreur de talent de la 20th Century Fox. Cela conduit Norma Jean à son premier contrat de cinéma.

Mon père a été surnommé le “Roi du Glamour”, le Vargas (ndlr: célèbre dessinateur de pin-up pour Playboy) ou le Rembrandt de la photographie, mais aucun titre ne lui faisait plus plaisir que “l’homme qui a découvert Marilyn Monroe.”

Photo 2 : Le charisme de Marilyn

Marilyn Monroe © Bernard of Hollywood

Marilyn Monroe © Bernard of Hollywood

« À cette époque, il y avait de plus belles femmes que Marilyn à Hollywood, Elisabeth Taylor par exemple. Mais Marilyn Monroe était tout à fait unique, elle était la combinaison de l’innocence attachante et de la sensualité, ce que mon père a capturé dans ses photographies. Il rendait compte de son charme et de sa grande joie de vivre, ces qualités qui réjouissent ses nombreux fans.

Il disait « L’enthousiasme et la ténacité de Marilyn étaient contagieux. Après des heures de poses, elle était toujours aussi fraîche. »

Marilyn avait une histoire d’amour avec l’appareil photo. Et en personne, elle avait le même charisme. Roy Craft, l’agent de Marilyn chargé des relations presse disait à son propos: “Elle avait un tel magnétisme que si quinze hommes étaient dans une pièce avec elle, chacun avait la conviction qu’il était celui qu’elle attendrait une fois les autres partis.”

Marilyn arriva un jour dans le studio de mon père en disant « Je veux devenir une star de cinéma ». Elle insista  « Vous devez prendre des photos sexy de moi » en faisant des gestes obscènes. Mon père lui dit « Norma chérie, quoique tu fasses, n’en rajoute jamais. C’est vulgaire et ça fait fuir les vrais hommes. Laisse tes formes s’exprimer et contrebalance le langage de ton corps avec un air complètement innocent. Tes yeux devraient dire « Pourquoi tous les hommes me regardent-ils ? ». Sois à la fois une petite orpheline et Vénus et tu seras incendiaire. »

Photo 3  – Marilyn en robe blanche au-dessus du métro : le mythe

Marilyn Monroe © Bernard of Hollywood

Marilyn Monroe © Bernard of Hollywood

« Mon père devait réaliser un reportage pour Redbook, photographier Marilyn sur le plateau du film « Sept ans de réflexion ». Il ne serait pas sorti dans l’humidité de la fin d’été new-yorkaise de 1954 si ce n’était pour elle. Les flashs des appareils photos crépitaient. La scène de Marilyn dans sa robe blanche vaporeuse fut répétée 30 fois. Elle se tenait au-dessus de la bouche d’aération du métro tandis qu’une machine soufflait en dessous, gonflant sa robe comme un drap.La foule s’agglutinait sur Lexington Avenue. Marilyn avait dit une fois « …je veux dire que, si je suis une star, c’est grâce au public. Ce n’est ni un studio ni personne qui a fait de moi une star, c’est le public. »

Elle ne portait qu’une culotte de soie blanche légèrement transparente sous sa robe. Pour l’assistance, il était évident qu’elle n’était pas blonde partout. Mon père dit « Je refuse de retoucher cette photo. » Marilyn remarqua mon père dans la foule et arrêta tout pour courir vers lui et lui susurrer « Souviens-toi Bernie, tout a commencé avec toi. » Juste après la séance photo, il est rentré directement à son laboratoire de New-York et a patienté pendant le développement du film. Ensuite, il a marché rapidement avec les négatifs et les développements à l’abri dans son sac en cuir jusqu’à son agence de photo Globe et dit à son agent : « Charlie, ceci est de l’argent en banque ». Le reste appartient à l’histoire.

Même s’il savait que c’était un travail photographique de référence, mon père n’aurait pas pu imaginer que cette image de Marilyn et sa jupe blanche dans le vent serait choisi près de 50 ans plus tard comme le Symbole du Siècle par le Museum of Modern Art de New-York pour la célèbre exposition « Fame After Photograph » en 1999. Je me souviens du jour où j’ai regardé les gratte-ciel new-yorkais et où j’ai découvert, se détachant du ciel bleu-gris, sur 20 mètres de long, cette photographie de Marilyn prise par mon père sur la façade du MoMA. Il semblait qu’elle flottait, cherchant à atteindre un univers infini. Je suis sûre que mon père s’est penché depuis les nuages et a souri. »

 Photo 4 : Les regrets de Marilyn

Marilyn Monroe © Bernard of Hollywood

Marilyn Monroe © Bernard of Hollywood

«Je me suis souvent demandé si la vie de Norma Jean aurait été différente si elle avait eu un enfant. Il semble que cela soit resté son plus intense regret et la grande déception de sa vie. Je pense que son personnage de déesse de l’amour qu’elle avait créé ne pouvait pas engendrer de bébé, et que c’était une épine dans son cœur. Elle ne comprenait pas si quelque chose n’allait pas chez elle, si elle avait un défaut ou un mal plus profond tapi à l’intérieur. Car la plus grande peur de Marilyn était de finir dans un hôpital psychiatrique comme sa mère Gladys, ou d’y mourir comme sa grand-mère. Dans les années 1950, la maladie mentale était une malédiction et était honteuse.

Elle aurait renoncé à sa carrière si elle avait eu un enfant, quelqu’un a aimé et qui l’aime en retour.

En écrivant ce livre, je me suis aussi imaginé ce que son futur aurait été si elle s’était remariée avec Joe DiMaggio. Elle était restée proche de Joe, même pendant les six ans qui suivirent leur divorce, il a toujours été là pour elle. Ils avaient prévu de se remarier. Le 4 août, elle avait un essayage pour sa robe de mariée. Et ce jour-là, elle lui écrivit une lettre disant qu’elle souhaitait plus que tout le rendre heureux, que si elle pouvait accomplir cela avec un être humain, elle aurait accompli beaucoup. C’est le jour où elle mourut. »

 Photo 5: La mort de Norma Jean

Marilyn Monroe © Bernard of Hollywood

Marilyn Monroe © Bernard of Hollywood

« Hollywood a sauvé Marilyn, la célébrité l’a sauvée. Elle vivait dans l’illusion de cette gloire. C’était le monde dans lequel elle prospérait. Le monde réel ne comportait que des fantômes, des terreurs et des cauchemars. Les films lui donnèrent un sursis momentané face aux démons qui la hantaient dans ses jeunes années lorsqu’elle était Norma Jean. Ce que disait mon père c’est qu’à la fin, au fil du temps, Norma Jean tua Marilyn. »

 

 

 

 

 

 

 Photo 6 : L’héritage de Marilyn

Marilyn Monroe © Bernard of Hollywood

Marilyn Monroe © Bernard of Hollywood

« En parcourant la vie de Marilyn à travers d’innombrables photographies d’elle et les écrits de mon père, comme beaucoup d’autres femmes, je me suis identifiée à elle. Nos vulnérabilités, nos ambitions et nos façons d’esquiver ce qui nous hante forment des parallèles évidents.

Mon père m’a également découverte à 17 ans, comme il avait découvert Norma Jean en 1946. En 1965, je l’accompagnai par hasard à Chicago où il avait une réunion de rédaction chez Playboy. Tout comme Marilyn plus d’une dizaine d’années auparavant, j’ai choisi de ne pas avoir honte de ma féminité et de m’assumer, ce bien avant l’émancipation promise par les mouvements féministes. C’est ainsi que je suis devenue Miss Décembre 1966. Tout comme Marilyn qui avait pris des risques, j’étais convaincue qu’une femme pouvait être intelligente et désirable, et réaliser ses rêves, comme les hommes.

Plus tard, âgée d’un peu plus de vingt ans, j’étais actrice et à la tête de ma propre société de production de cinéma et de télévision. Un peu comme Marilyn, j’avais une relation faite de ruptures et de retrouvailles avec l’amour de ma vie Jason Miller, avec qui nous avons gardé une grande affection mutuelle, comme Marilyn et Joe DiMaggio. Ironie du sort, le second mari de Marilyn était, comme le mien, un dramaturge lauréat du Prix Pulitzer, et portait le même nom de famille : Miller.

Malheureusement, Marilyn n’avait pas de famille. Ma mère était ma meilleure amie et j’adorais mon père. J’ai eu l’enfant que Marilyn désirait tant. Et si je n’avais pas eu ces bases ? Me serais-je noyée dans le puits sans fond de Hollywood, incapable de remonter ? À présent je comprends mieux ce que mon père voulait dire par « Cela demanda des efforts surhumains d’être Marilyn Monroe ». Ses mots m’ont permis de me rapprocher de ma propre vérité. »

Ma vie en images, par Susan Bernard

1_SbernardLa photo de moi choisie pour figurer dans mon livre Marilyn : Intimate Exposures (De Norma Jean à Marilyn, Editions Hugo & Cie).

2_SbernardJe sors de la piscine du Hilton Estate, à Berverly Hills, en 1969.

3_SbernardJe joue à 16 ans dans le film culte Faster, Pussycat ! Kill ! Kill !

4_SbernardL’amour de ma vie Jason Miller et moi en 1974 environ. Il était dramaturge et a gagné le prix Pulitzer, il a également été nommé aux Oscars pour son rôle du père Karras dans The Exorcist.

5_SbernardJe suis entourée de mon père Bruno Bernard, Bernard of Hollywood, et de mon fils, Joshua Miller. Nous sommes en 1984, l’académie des Oscars rend hommage à mon père et consacre une exposition à ses travaux de photographie.

SBernard_MaoGameL’affiche de The Mao Game, film basé sur un roman du même titre écrit par mon fils Joshua Miller et acclamé par la critique. Il y tient également un rôle, au côté de Piper Laurie et Kirstie Alley, en 1999.

7_SbernardJe fais un cameo dans The Mao Game.

8_SbernardSur le tapis rouge lors de la Première du film My Week With Marilyn  au New York Film Festival.

9_SbernardLa dédicace de Marilyn: Intimate Exposures lors du Festival International du Film de Palm Springs en 2012, au côté de l’acteur Don Murray.


 

Cet article a été publié dans le n°25 (juin-août 2012) du magazine Fémitude.

 

 

 

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