S’offrir un tour du monde en 80 livres

Marc Wiltz a toujours eu deux passions dans l’existence : les livres et les voyages. Pour les conjuguer, il a créé MAGELLAN & Cie en 1999, une maison d’édition qui compte plus de 250 titres au catalogue, et a écrit un premier ouvrage Le Tour du Monde en 80 livres. Conseils d’un aventurier.

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Pli : Quelle est votre définition du voyage ?

Marc Wiltz : Voyager, c’est sortir de soi. Voilà l’essentiel. Un voyage réussi est un voyage où nous revenons différents de quand nous sommes partis. C’est se laisser ouvrir et imprégner par les différences, changer de point de vue quant à ses croyances. C’est se poser dans l’attente, la réflexion, l’observation, la curiosité, et faire bouger une ligne par rapport à son départ. En voyageant, nous mettons à l’épreuve nos certitudes. »

Pli : Qu’est-ce qu’un aventurier – à la différence d’un politique, selon la vision double de l’humanité tirée d’Homère ?

Marc Wiltz : Un aventurier est quelqu’un qui a la conscience de sa place au monde et qui veut l’affirmer. Sous des dehors personnels, c’est quelqu’un de vaste, il réussit à accueillir en lui des choses. Sans être une girouette, car il est sûr de son noyau, l’aventurier est perméable aux circonstances et empathique vis-à-vis de son environnement. Le politique, quant à lui, a plutôt la conscience de son appartenance à une société et reste dans sa carapace, imperméable. Ceci dit, tout le monde est double, aventurier ou politique, nous ne sommes jamais dans l’exclusion de l’un de ces aspects. Nous sommes dans un camp ou un autre selon les agitations qui nous habitent. Être un Ulysse est une question de circonstance.»

Pli : Comment est-il possible de faire le tour du monde grâce à des livres ?

Marc Wiltz : La lecture a trait au voyage. Pour moi, le livre n’est pas un divertissement, la lecture est une vraie activité intellectuelle qui appelle la réflexion. Nous sommes projetés dans un monde différent, une compréhension de l’autre, une philosophie de l’existence. Par exemple, lire Le lion de Joseph Kessel vous plonge dans un imaginaire universel qui parle de l’enfance, de grands espaces, de l’animal dans toute sa splendeur, d’une Afrique sublimée. Cela provoque un sentiment de liberté. Et il est à parier qu’en lisant ce livre, vous vous disiez : « J’aimerais aller en Afrique un jour ». Que vous rêviez de faire un safari organisé ou une expérience plus personnelle n’est plus qu’un choix qui dépend de votre caractère. Mais votre tour du monde aura commencé par la lecture du Lion, ce qui est une chose formidable.

Pli : Serait-il possible de voyager sans voir et bouger?

Marc Wiltz : Cela paraît difficile, même impossible. En revanche, voir et bouger n’est pas forcément le gage d’une découverte si vous partez avec toute votre maison dans la tête. Vous pouvez voyager cent fois sans changer. Reste que LE voyage, ça n’existe pas. Il y a des voyages. Des façons de voyager. Tous les périples ont une particularité très forte : ils peuvent nous faire sentir que nous sommes de grands enfants, nous confronter à l’animal, affronter notre peur de l’autre, ressentir le phénomène de l’attente, faire de nous des observateurs de civilisations…(ndlr : ces facettes sont autant de chapitres du livre de Marc). Ce sont des aspects très différents mais tous ensemble, ils forment la grande durée du voyage.

Pli: Comment avez-vous sélectionné les 80 ouvrages qui composent le vôtre ?

Marc Wiltz : Je note tous ce que je lis. J’ai ainsi plusieurs tomes d’un cahier où sont consignés des titres, des auteurs, des réflexions, des citations. Je me suis toujours dit que j’aimerais écrire un livre… Celui-ci est le premier, il s’est imposé à moi l’an dernier. C’est un bilan de la lecture de mon existence. J’ai repris l’ensemble des livres qui m’ont touché, marqué, influencé. L’exercice était de me demander quel était le sens profond que chaque livre signifiait pour moi. Le livre d’abord, l’auteur venant ensuite. Assez vite, l’évidence du Tour du monde en 80 livres (avec la référence à Jules Verne pour le titre) s’est imposée. Loin de faire un dictionnaire, j’ai voulu catégoriser les choses à partir de mon vécu de ces lectures, de leurs auteurs, et des voyages. Et leur témoigner toute mon admiration.

Le Tour du Monde en 80 livres, de Marc Wiltz, Editions MAGELLAN & Cie, 2011.

Couv Le tour du monde en 80 livres

Notre avis :L’ouvrage propose un tour du monde géographique et historique en 22 chapitres, très différents (Mythologies, Le Bonheur de la Marche, Partir en Mer, Le Fracas des Conflits) et tous complémentaires. Libre de piocher au gré de nos envies ou de suivre la cohérence de l’ensemble, nous (re)découvrons avec bonheur 80 œuvres littéraires et brûlons d’impatience de les (re)lire. De sa plume poétique et précise, à partir de son propre « exercice d’existence », Marc Wiltz nous invite à un véritable voyage philosophique. Faisant de nous, en chemin, d’étonnés voyageurs.

Extrait : « Sous le regard attentif des dieux de l’Olympe, Homère le premier prophète offre une vision double de l’humanité à ses lecteurs. Il y ceux qui tiennent de l’Iliade, c’est-à-dire de la guerre, l’affrontement, la ruse, la gloire, le pouvoir, les alliances, l’amour considéré comme une conquête ou une possession – et malheur donc à qui s’en empare indûment. Ce sont, résumés en un mot, les politiques, ceux pour lesquels le vaste monde est une question d’organisation, avec des places à défendre et des ambitions à assouvir. Et il y a ceux qui tiennent de l’Odyssée, avec Ulysse, l’homme seul face à son destin, à ses choix, à ses amours. Ce sont, d’un autre mot, les aventuriers, et c’est d’eux qu’il s’agit dans ce livre. »


La balade culturelle spécial voyage pour…

Un adolescent en quête de découvertes: Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline; Les racines du ciel, Romain Gary; Sinouhé l’Egyptien, Mika Waltari.

Un couple amoureux en quête de paysages: Cher amour, Bernard Giraudeau; Le Dieu des petits riens, Arundhati Roy.

Une famille en quête d’aventures: La ferme africaine, Karen Blixen; Une histoire d’amour et de ténèbres, Amos Oz.

Un homme, une femme en quête de cheminement: Don Quichotte, Miguel de Cervantès; Tropique du cancer, Henri Miller.

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Cet article a été publié dans le n°22 (septembre-novembre 2011) du magazine Fémitude.

 

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